photo Oncle Vania

Laboratoire d'Expérimentation Théâtrale : texte d'intention

La démarche que nous proposons avec le LET s’inscrit dans un contexte posé par la mondialisation où l’Europe est traversée par des crises économiques et sociétales d’une grande importance. Nous considérons que les questions qui traversent ces crises sont également posées à la culture en général, et en particulier au spectacle vivant, et nous souhaitons, à travers ce projet, les prendre en compte.

Dans ce contexte de crise, les institutions qui financent le spectacle vivant et les théâtres producteurs connaissent eux aussi des réductions budgétaires qui entraînent un resserrement des coûts de production à l’indispensable.

L’Europe connaît depuis plusieurs années dans le domaine de la culture, et en particulier du spectacle vivant, une situation économique très tendue qui a été encore aggravée par la crise récente. Dans ce contexte, les institutions qui financent le spectacle vivant et les théâtres producteurs connaissent eux aussi des réductions budgétaires qui entraînent un resserrement des coûts de production à l’indispensable.

Si les compagnies les plus renommées sont encore en situation de créer dans des conditions correctes, l'objet théâtral est de plus en plus considéré dans sa seule partie émergée, visible, représentable devant un public, en tant que produit qu'il faut rentabiliser. S'en suit un écrasement progressif du temps et des moyens dédiés aux répétitions, par conséquent à la recherche, seule garante de la vitalité du théâtre d'art qui est un laboratoire des formes de notre époque.

Les artistes de la scène européenne se croisent régulièrement à l'occasion des festivals internationaux où leurs spectacles sont invités, mais ces événements, conçus pour le public, ne proposent aucun dispositif de travail qui consentirait aux artistes d'échanger et de se confronter sur le terrain de leurs pratiques. La rencontre entre gens du métier pour parler du métier, pourtant si nécessaire à l'heure où la culture européenne se dénationalise et cherche ses racines communes, n'a lieu que de manière parcellaire et fortuite, et ne génère pas des démarches pérennes.

 

Objectif

Dans ce contexte la nécessité est grande de bâtir un espace dédié à la recherche théâtrale,  parallèle et indépendant des contingences de production, qui permettra aux metteurs en scène, acteurs, chorégraphes et performeurs européens de confronter leurs pratiques, méthodes et théories de travail dans une perspective d'apprentissage par l'échange entre pairs, d'élargissement des horizons et de construction d'un langage commun.

Le LET a pour ambition de répondre à cette nécessité. Il est pensé, élaboré et réalisé par les artistes de la scène européens. Il veut permette l’émergence, la structuration et la pérennisation d’un espace nomade d’expérimentation, dont les résultats, multiples et multiformes, alimenteront en pratique et en théorie le paysage de la scène européenne.

Le projet actuel a été pensé pour se dérouler sur deux ans, avec l’objectif d’initier un processus qui doit être repris pour des cycles ultérieurs par d’autres artistes et partenaires. Objet  de recherche universitaire, le LET donnera lieu à une publication, à des archives et à des rencontres permettant de témoigner en public des travaux en cours et contribuant, dans un souci de transmission, à la mise en place d’outils de réflexion et de recherche qui pourront être alimentés par les cycles ultérieurs.


Organisation et thèmes de recherche

L’activité du LET sera organisée autour de sessions de recherche que nous prévoyons au nombre de quatre sur les deux ans que durera le premier volet du projet.

L’équipe permanente du LET est composée d'équipes artistiques - metteurs en scène et acteurs -  issus de différents pays européens (pour ce premier volet : la Compagnie Lacascade - France, Le Théâtre Sfumato-Bulgarie, le Teatro delle Albe-Italie),  d’universitaires et de vidéastes. Cette équipe sera présente à la totalité des sessions. Nous inviterons également, à chaque session, des professionnels différents en lien avec le thème choisi.

Lors des sessions seront menées simultanément recherche de plateau (un protocole de confrontation / apprentissage entre participants été élaboré  pour interroger l'espace-temps de la répétition) et recherche « autour du plateau » (chaque session interroge un domaine avec lequel la scène est en relation dans nos pratiques : le surtitrage, la captation, la critique, le rapport au public...).

Le thème commun de ces quatre sessions sera « David et Goliath », pour son intérêt en tant que matière théâtrale mais également pour sa symbolique de résistance. Chaque équipe artistique s'est appropriée cette thématique, elle sera « leader » d'une session et organisera celle-ci selon sa propre méthode de création, les autres équipes seront « assistantes », ou « apprentis ».

Un bref aperçu des pistes de travail lancées par les participants :

-        Teatro delle Albe : Qui est David et qui est Goliath aujourd’hui ? Quelle parole appartient au théâtre et quelle parole est en dehors du théâtre ? Sera explorée la notion « d’acteur-vie » et de ce que nous dévoilent les acteurs, de ce qui leur appartient. Un groupe d’acteurs amateurs sera intégré à cette session.

-        Sfumato : "La Fronde de David". La bataille mythique entre David et Goliath contient et renforce les dimensions les plus importantes de l'opposition homme/contexte. Comment l’homme est-il armé dans son combat pour une vie de mesure humaine contre les dimensions actuelles de Goliath, de quels les outils l’Homo Ludens (l’Homme Artistique) peut-il disposer pour transformer le monde et donner un sens à la vie ?

-        Compagnie Lacascade : La traduction de l'action scénique du mythe de David et Goliath en d'autres langages et l’exploration de la situation du combat, et plus précisément le combat à armes inégales, avec pour point d’appui trois textes du répertoire classique théâtral européen qui, d'une manière directe ou figurée, paraissent servir ou contredire ces partitions physiques.

-        Le thème de la dernière session sera le risque. Il n’y aura pas de leader et pas d’axe de travail prédéterminé. Le contenu sera choisi par l’ensemble des artistes en fonction des résultats et de l’évolution des trois précédentes sessions.

Les sessions seront itinérantes, les leaders dirigeront leur session ailleurs que dans leur propre structure, pour être détaché autant que possible des contingences matérielles.

Parallèlement à ces recherches de plateau se dérouleront des recherches pratiques sur la place de la critique, les méthodes et possibilités du surtitrage, les choix et résultats de la « traduction » du moment scénique par le cinéma ou la vidéo. Pour ce faire, des professionnels venus de différents pays européens seront invités, ils auront pour objet d’étude les sessions de travail de plateau et travailleront ensemble avec les artistes.

Le session n'ont pas pour but d'aboutir à des représentation, cependant elles seront ouvertes, selon des protocoles différents pour chacune d'entre elles, à un auditoire de professionnels et d'apprentis, ainsi qu'àa un public plus large en fin de chaque session et au cours de la dernière, que le Festival BITEF s'est proposé d'accueillir.

 

Co-organisateurs et partenaires

Les co-organisateurs sont pour le moment la Compagnie Lacascade, le Teatro delle Albe de Ravenna et le Sfumato de Sofia(porteur du projet) qui accueilleront chacun une session.

Anne-Marie Autissier, professeur à l'Institut d'études européennes de l'université de Paris 8, directrice de la publication de la revue Culture Europe, est associée au projet.

L’alliance française de Belgrade, le BITEF de Belgrade, l'Université de Novi Beograd, le Conseil Général du Territoire de Belfort ont souhaité collaborer au projet.


DOCUMENTATION