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PLATONOV

D'aprés Anton Tchekhov


Lorsqu'il écrit Platonov, Tchekhov n'a que vingt-deux ans. Cinq ans plus tard, il revient sur les traces de ce premier héros, le ressuscite sous le nom d'Ivanov et lui invente un autre destin. La première fois qu'Éric Lacascade a mis en scène un texte de l'auteur russe, il a précisément choisi Ivanov. C'est aujourd'hui seulement, bien des années plus tard, après être passé par la Mouette et les Trois Sœurs, après avoir laissé le temps et la maturité faire leur œuvre, qu'il se consacre à Platonov. Un rendez-vous différé mais inévitable, une rencontre mue par la nécessité. Lacascade, dont les choix procèdent du désir et de l'intuition, a grandi et mûri au rythme des héros tchekhoviens. Accompagné de ses comédiens, sa troupe, sa famille, il a apprivoisé pièce après pièce, leurs pensées, a écouté leurs tourments, éprouvé leurs blessures, suivi attentivement leurs trajectoires. Il n'a cessé de les regarder ; les a vu aimer, souffrir et vieillir. Il les connaît intimement car il sait d'où ils viennent et où ils sont allés. Il est devenu leur intime, presque leur frère. Une connivence qui lui donne l'assurance et la sérénité de celui qui, à force de dialogues et d'échanges, a compris à qui il avait affaire. Il y a comme une évidence à refaire le chemin à l'envers pour retourner aux origines des personnages et renouer avec la genèse des pièces. Une cohérence et une justesse indéniable dans cette plongée vers le passé, cette mise à nu des racines. Platonov est un drame de jeunesse. Désordonné et embrouillé, il est strié de sentiments extrêmes, traversé d'actes radicaux, pétri de contradictions et d'incohérences. Autant d'indices et de stigmates d'une adolescence qui se cherche à coups de pensées absolues et de gestes excessifs, proscrivant la nuance et toute forme de raison. Platonov, l'homme qui donne son nom à la pièce, a la vie toute entière qui se profile devant lui. Il s'y élance avec la fougue de quelqu'un qui ne veut rien se refuser. Il est boulimique, insatiable, amoureux, généreux. Il est détestable, égoïste, inconstant, menteur et volage. Il est le paradoxe même, l'ambivalence. Il est un être en devenir. Pas un homme arrêté ou figé dans une identité. Il veut tout, il veut trop, il en mourra, assassiné de la main d'une femme trahie. C'est parce que le metteur en scène connaît le futur de cet homme qu'il peut se pencher sur lui avec l'indulgence de l'aîné, amicalement, et presque tendrement. Lacascade relit Platonov en devin et nous le restitue, riche de cette distance qui lui autorise la souplesse et la désinvolture. Sur le plateau de théâtre, ce que les spectateurs verront, ce sont des hommes et femmes en construction et en évolution, saisis dans l'élan de leur vie, dans le mouvement et dans le dynamisme. Ce sont des êtres mouvants, mobiles, changeants, dont l'énergie s'alimente du désir, dont le principe de fonctionnement ne répond qu'au plaisir. La scène est grande, vaste, ambitieuse. Elle embrasse sur toute sa latitude la largeur de la Cour d'honneur. Elle est à la mesure de sa démesure. Le plateau, sobre et nu, appelle les corps des acteurs, exige d'eux des tracés sans entraves, des lignes fluides, de grandes envolées. Il est fait pour être empli, investi comme à l'abordage. Le metteur en scène déborde les marges et excède les bornes. Il connaît si bien, dans le détail, les âmes des personnages, qu'il peut désormais viser ample et donner à voir une vision d'ensemble. Nous sommes devant un paysage peuplé de portraits tchekhoviens. Ils passent et repassent devant nous, errent, se figent, repartent, marchent, courent. Le Platonov qu'a rêvé Éric Lacascade est un spectacle qui laisse se déployer la parole et vagabonder le désir, qui donne à l'émotion la permission de s'épanouir. Lacascade offre au Tchekhov des commencements, jeune homme fiévreux, une somptueuse page blanche où inscrire, en toute liberté, sa fougue et son talent.

Présentation par Festival d'Avignon 2002

VIDEO :
INA

Adaptation et mise en scène : Eric Lacascade Dramaturgie : Vladimir Petkov Collaboration artistique : Eimuntas Nekrosius Collaboration à la dramaturgie : Pascal Collin Assistant à la mise en scène : David Bobée Scénographie : Philippe Marioge Costumes : Laurence Bruley Lumière : Philippe Berthomé Maquillage : Suzanne Pisteur Musique et son : Alain D'Haeyer Couture : Antoinette Magny, Sophie Ongaro Arrangements sonores : Nicolas Girault Production : Centre dramatique national de Normandie-Comédie de Caen Coproduction : Festival d'Avignon, Les Gémeaux-Scène nationale de Sceaux, Théâtre d'Evreux-Scène nationale d'Evreux-Louviers en collaboration avec Emilia Romagna Teatro Fondazione / Modena et Santarcangelo dei Teatri
Avec le soutien : du Conseil régional de Basse-Normandie, du Conseil général du Calvados, de la Ville de Caen, du Conseil régional d'Ile-de-France et de la DRAC Basse-Normandie Avec : Jérôme Bidaux, Isaak Venguerovitch
Jean Boissery, Porphyri Semionovitch
Arnaud Chéron, Sergueï Pavlovitch Voïnitsev
Arnaud Churin, Nicolas Triletski
Murielle Colvez, Anna Petrovna
Alain D'Haeyer, Ivan Ivanovitch Triletski
Christophe Grégoire, Mikhaïl Vassilievitch Platonov
Stéphane Jais, Kirill Glagoliev
Éric Lacascade, Ossip
Marc Lador, Abraam Venguerovitch
Christelle Legroux, Maria Grekova
Daria Lippi, Sofia Legorovna
Millaray Lobos, Sacha
Serge Turpin, Pétrine

Construction des décors : Atelier du CDN de Normandie / Comédie de Caen Construction : Gérard Lenoir, Hubert Rufin, Serge Tarral, Stéphane Alzire, Bruno Banchereau, Claudio Codemo, Mohamed Houghni, Thomas Turpin


DATES DE TOURNÉES




Cour d'Honneur du Palais des Papes Avignon
                                                                     du 16/07/2003 au 19/07/2003 à 22:00

Cour d'Honneur du Palais des Papes ( Avignon ) du 05/07/2002 au 15/07/2002
Comédie de Caen Hérouville ( Hérouville-St-Clair ) du 15/10/2002 au 24/10/2002
Les Gémeaux ( Sceaux ) du 05/11/2002 au 17/11/2002
La Comédie de Clermont Ferrand ( Clermont-Ferrand ) du 27/11/2002 au 29/11/2002
TNT Théâtre de la Cité ( Toulouse ) du 06/12/2002 au 15/12/2002
Evreux Scène Nationale ( Évreux ) du 19/12/2002 au 20/12/2002
Scène Nationale Orléans ( Orléans ) du 09/01/2003 au 11/01/2003
Le Lieu Unique ( Nantes ) du 15/01/2003 au 18/01/2003
Hippodrome (Scène Nationale de Douai) ( Douai ) du 22/01/2003 au 23/01/2003
La Coursive (Scène Nationale) ( La Rochelle ) du 28/01/2003 au 29/01/2003
Le Parvis Scène Nationale de Tarbes ( Ibos Tarbes ) le 01/02/2003
Espace Malraux (Scène Nationale de Chambéry) ( Chambéry ) du 11/02/2003 au 12/02/2003
Le Quartz ( Brest ) du 19/02/2003 au 21/02/2003
Théâtre de Cavaillon ( CAVAILLON ) du 07/03/2003 au 08/03/2003
Comédie de Reims ( Reims ) du 11/03/2003 au 14/03/2003
La Passerelle Saint-Brieuc ( Saint-Brieuc ) du 18/03/2003 au 19/03/2003
Maison du Peuple ( Belfort ) du 27/03/2003 au 28/03/2003
Maison de la culture de Bourges ( Bourges ) du 01/04/2003 au 02/04/2003

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